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Le camping des rêves marins (thème « Au cas où »)

Mon ex-mari fait partie de l’étrange secte « Au cas où ».

Ça ne vous dit rien ? Laissez-moi vous expliquer.

Il est de ces gens qui ont tout, mais absolument tout, « au cas où ».

 

Un exemple ?

Même par une magnifique journée ensoleillée, il part avec un parapluie « au cas où ».

 

Quand nous partions en vacances, la voiture était tellement remplie qu’une remorque n’aurait pas été inutile.

Les enfants devaient se faufiler et se contorsionner pour trouver un peu de place. Peu lui importait que nous allions à l’hôtel ou dans une location tout confort. Nous devions partir avec une machine à café, un aspirateur et autres joyeusetés, que nous avions bien entendu en double. Vous savez « au cas où ».

 

Je ne sais pas comment j’ai tenu plus de 15 ans avec lui. Au-delà de l’encombrement, des dépenses inutiles, qui nous mettaient régulièrement dans le rouge, cette manie faisait peser une atmosphère anxiogène sur notre quotidien.

 

Son obsession de tout avoir « au cas où » générait l’angoisse permanente du « et si » sur nos têtes. Il était même parvenu à contaminer nos enfants.

Ainsi, notre fille partait chaque matin à l’école avec une culotte dans son sac. Quand je lui en demandais la raison, elle me répliquait immanquablement : « Au cas où ». Et si j’essayais de l’en dissuader, elle dégainait l’arme absolue du « Mais maman, et si… », argument devant lequel je ne pouvais que m’incliner.

 

Quant à mon fils, il ne sortait jamais sans son « kit au cas où », comme il l’appelait. Il s’agissait d’un sac à dos, dont il vérifiait chaque matin le contenu. On pouvait notamment y trouver un pantalon de pluie, des allumettes, un couteau suisse ou encore une boîte de cassoulet ou un canoë gonflable.

 

Vous l’aurez compris, parler de secte n’est pas exagérer. Je restai seule à l’écart de cette maniaquerie, à laquelle je m’efforçais chaque jour de résister.

 

Le coup de grâce, ou plutôt le couperet, qui a mis fin à notre mariage, fut un séjour en camping.

Cet été-là, nous avions donc décidé de tenter l’aventure du camping. Rendons justice à mon ex-mari : il faut reconnaitre que c’était une sacrée gageure pour lui. Je me demande encore comment cette idée a pu le séduire.

Bon, je ne vous cache pas que, pour l’occasion, il avait sauté le pas et acheté une remorque… Cela ne l’empêcha pas de surcharger la voiture, « au cas où ».

Nous voilà donc partis pour un séjour sous la tente, munis d’un mixeur, d’un grille-pain et même d’un appareil à raclette !

Mais, à notre arrivée au camping, sous une pluie battante, mon ex-mari réalisa que la tente était restée dans notre garage.

 

Il l’avait mise de côté, pensant la sangler sur le toit à la dernière minute, pour y avoir accès rapidement, « au cas où », et l’avait oubliée lorsqu’il avait décidé de partir en pleine nuit, en m’expliquant « Tu comprends, au cas où il y aurait des bouchons ».

Ce jour-là, devant l’emplacement B13 du camping des Rêves marins, je lui ai dit : « Et si je te quittais ? »

 



20/06/2024
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