La Quête - (thème « Écrivez la suite... »)
Texte d'amorce fourni :
Une femme marche le long de la route, le regard absent. L’apparition d’une automobile en
sens inverse l’incite à relever la tête. L’auto ralentit, puis s’immobilise à sa hauteur. Deux
hommes sont installés à l’avant. Baissant la vitre, celui du côté passager hèle la femme,
comme pour obtenir un renseignement. Ils échangent quelques mots. La femme s’agite.
Elle ouvre précipitamment la porte arrière et s’engouffre dans la voiture qui repart avec un
crissement de pneus après avoir fait demi-tour.
LA QUÊTE
Elle ne se souvenait pas avoir vu les deux hommes dans le camp. Avait-elle bien fait de les suivre ? Elle attendait cette nouvelle depuis si longtemps, qu’elle n’avait pas pris le temps de réfléchir. IL faut dire que si c’était vraiment arrivé, s’Il L’avait réellement retrouvée, alors leur vie à tous allait enfin changer. Les camps allaient disparaitre et ils pourraient reprendre une existence normale. Comme avant. Avant Son départ.
Elle se demandait comment cela se passerait. Allaient-ils réussir à se départir des habitudes prises depuis la catastrophe ?
Il faudra pour commencer réapprendre à vivre ensemble après le démantèlement des camps. La manière dont ces derniers avaient été organisés reposait tout de même sur des critères très subjectifs, dont avaient émergé méfiance, agressivité et délation. Un climat pour le moins délétère…
Perdue dans ses pensées, elle en avait oublié les deux hommes. Son attention se reporta sur eux, et, instantanément, la suspicion refit surface.
- De quel camp êtes-vous ? Votre visage ne me dit rien.
- Bah, le même que toi, répondit le passager, après un temps qu’elle jugea un peu trop long.
- Dans quel bloc vivez-vous ?
Silence.
Que se passait-il vraiment ? Pourquoi l’avaient-ils fait monter dans cette voiture en lui annonçant qu’Il L’avait retrouvée ?
- Dites-moi qui vous êtes et ce qu’il se passe. Pourquoi m’avez-vous menti ?
Nous ne t’avons pas menti. Il L’a bien retrouvée, répondit le passager en se tournant vers elle.
À ces mots, quelque chose lâcha en elle et des larmes se mirent à couler doucement.
vraiment
- Nous ne t’avons pas menti, mais nous ne t’avons pas tout dit non plus.
C’était la voix du conducteur.
- Que voulez-vous dire ?
- Il L’a bien retrouvée ? Mais elle ne veut pas revenir.
- Pardon ? Qu’est-ce que cela veut dire ?
- Tu as bien entendu. Elle ne veut pas revenir.
- Mais alors, pourquoi m’avoir fait monter avec vous ? Qu’allez-vous faire de moi ? Vous n’êtes pas de mon camp. Je ne vous ai jamais vus.
- Tu as raison. Nous sommes du Service de la Quête.
Elle était médusée. Le SQ ? Bien sûr, elle en avait déjà entendu parler. Mais, comme beaucoup, elle n’avait jamais vraiment cru en l’existence de ce camp suprême, censé diriger la Quête pour La retrouver et protéger l’Élu.
Pourtant, ils étaient bien réels. Devait-elle les croire ?
Et surtout, pourquoi l’avaient-ils prise dans leur voiture ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête. Elle sentait une migraine s’installer. Les émotions contradictoires s’enchaînaient. Que devait-elle faire ? Que devait-elle penser ?
- Vous ne m’avez pas dit ce que je faisais ici avec, avec vous.
- On a besoin de ton aide.
- Mon aide ? Mais, je ne suis qu’un membre lambda de catégorie 5.
- Il a été désigné pour La retrouver, mais toi seule peux La faire revenir.
Elle comprenait mieux à présent. Toutes ces années, elle s’était demandé pourquoi elle avait le droit d’exercer sa médecine, alors que toute forme de culte était par ailleurs interdite. Elle pouvait circuler librement pour aller récolter ses plantes (elle revenait justement d’une cueillette nocturne, quand elle avait croisé la voiture), et prodiguer ses soins parallèles, au vu et au su de tous, sans jamais être inquiétée. Certes, une certaine discrétion était de mise, mais ses pratiques étaient bien connues et elle recevait régulièrement des membres des catégories supérieures, et même parfois, des visiteurs d’autres camps.
Depuis toujours, elle nourrissait un lien privilégié avec la nature, et avec Elle en particulier. Mais ce lien reposait sur le respect et l’admiration. Comment pourrait-elle La convaincre, alors qu’elle se considérait comme l’une de ses disciples ? Si elle L’avait célébrée, si elle Lui avait chanté Ses louanges, elle ne s’était jamais trouvée en position d’échanger directement avec Elle. Ce que ces hommes lui demandaient lui semblait bien au-delà de ses compétences.
Pourtant, elle ne pouvait refuser. Elle ne pouvait sauter de cette voiture et s’enfuir. Et pour aller où ? Elle n’avait pas le choix. Les enjeux étaient trop importants. Elle réalisait que l’apparente division des camps dissimulait une union souterraine au nom de la Quête.
Tous les membres des catégories dirigeantes n’avaient eu de cesse de La retrouver et s’étaient alliés dès le début dans cet objectif.
Tout à ses réflexions, elle entendit à peine le moteur ralentir et le conducteur dire :
- Parfait, Il est là. Pile à l’heure.
Elle leva la tête pour découvrir un jeune garçon au regard profond. C’était donc Lui, l’Élu.
Une femme était avec Lui. Le passager sortit, échangea quelques mots avec cette dernière et revint à la voiture avec l’Enfant.
Lorsqu’Il prit place sur la banquette à côté d’elle, elle sentit comme une onde circuler entre eux.
L’homme referma la portière et s’assit à l’avant, après avoir adressé un signe de tête à la femme restée seule sur le bas-côté.
Le regard de l’Élu était accroché au sien. Sans rien se dire, ils communiquaient.
La voiture reprit la route, guidée par Ses indications.
Ils s’enfoncèrent dans la nuit. Bientôt, il n’y eut plus de route. Où étaient-ils ? Elle avait l’impression d’avoir quitté le sol, d’être loin de tout repère. L’Élu la rassurait en la regardant intensément.
Puis, Il posa Sa main sur la sienne et ferma les yeux. Elle sut alors qu’ils approchaient. Elle pouvait sentir la présence de La disparue, comme jamais auparavant. À son tour, elle ferma les yeux.
L’Élu dit au conducteur :
- Arrêtez-vous. Nous allons terminer à pied.
Les deux hommes ne diraient pas un mot. La voiture s’arrêta. L’Élu l’invita à descendre d’un geste doux.
Ils se trouvaient au cœur d’une forêt dense. L’obscurité était à la fois profonde et lumineuse. Ils étaient donc tout proches d’Elle.
L’Enfant lui prit la main et ils avancèrent d’un pas lent et silencieux. Elle avait plus l’impression de flotter que de marcher.
Elle sentait quelque chose enfler dans son ventre. Elle n’avait jamais été aussi près de Celle dont l’esprit animait chacun de ses actes depuis tant d’années, et ce, malgré Sa disparition.
Enfin, au bout d’un temps, qui lui avait paru aussi court qu’interminable, ils se retrouvèrent devant Elle, éblouis par Son rayonnement.
Superbe, majestueuse, la Lune était réapparue.
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